
En descendant du bus vendredi midi à San Salvador de Jujuy, ma première impression est que je me suis trompé de pays. Je ne suis sûrement plus en Argentine, je dois de nouveau être au Pérou. Tous
ces gens au visage indien, habillés comme des ploucs, qui mâchent des feuilles de coca, ces maisons en adobe, ce marché bordélique.... oui, mais les sandwichs sont au porc ou au boeuf et non pas au
poulet, et quelques personnes boivent du
maté. Bienvenu dans la province de Jujuy, le Nord-Ouest Andin (NAO comme on dit ici), une particularité culturelle au pays des
gauchos.
Le NAO est particulièrement apprécié des backpackers argentins car c'est un coin très intéressant et beaucoup moins cher que le reste de l'Argentine. Les infrastructures sont certes rudimentaires,
mais cela n'a pas d'importance pour le backpacker. Et comme en Argentine, Janvier = été = grandes vacances, je ne suis pas tout seul. Ce qui est cool, c'est que les touristes sont donc en très
grande majorité argentins (et plus particulièrement de la région de Buenos aires) et très communicatifs (pour ne pas dire bruyants). Il est donc extrêmement facile de rencontrer des gens et de
passer un bon moment avec eux. Et comme tout le monde suit plus ou moins le même chemin de village en village, on finit par ne plus croiser que des gens qu'on connait.

San Salvador de Jujuy ne présentant pas d'intérêt pour le
tourisme, je repars une fois accomplie ma collecte d'infos à l'office de tourisme régional. Je reprends un bus vers la
Quebrada de Humahuaca, célèbre entre autres pour ces formations
rocheuses colorées. J'arrive en fin d'après-midi à Purmamarca, un petit village connu pour son
Cerro de 7 colores (Mont aux 7 couleurs). Effectivement le fameux Cerro présentent un large
panel de couleurs, peut-être bien 7, et c'est très joli. C'est tellement joli que je retourne au mirador au lever du soleil, puis à un autre mirador le matin suivant. Le premier matin, je calcule
mal mon coup et j'arrive bien avant le lever du jour : et oui, ici on est très près du Tropique du Capricorne ! Les journées sont beaucoup moins longues qu'en Patagonie ! Il n'y a pas que le
Cerro de 7 colores qui est joli dans le coin. En fait, toutes les montagnes sont colorées. Un petit circuit autour du Cerro de 7 colores permet d'admirer d'autres belles montagnes du coin.
C'est particulièrement joli quand la fin d'après-midi exalte tous les tons rouges. D'ailleurs c'est tellement joli que j'y retourne le lendemain soir.

(rien à voir avec ce que je viens de raconter : là c'est pris au lever du soleil et non pas au coucher)

Grâce aux backpackers, Purmamarca décuple sa population pendant
les deux mois d'été. Mais comme le tourisme s'est développé très rapidement, les infrastructures ne sont pas à la hauteur, si bien que toutes les maisons se transforment en terrain de camping
improvisé. Je me trouve une pièce dans une annexe de maison. On se retrouve entassés à 6 dans la pièce, les matellas installés directement sur le sol en béton. Il y a une minuscule salle de bain,
mais elle est ouverte à tous les campeurs d'à-côté qui traversent la pièce pour venir prendre leur douche. Dans cette ambiance 70s, je rencontre le premier soir Juan, un jeune argentin qui n'a pas
pu partir au Brésil avec ses potes car son boss a changé ses dates de vacances au dernier moment. Il est donc parti tout seul dans le NAO. On sympatise et on conclue l'affaire en s'envoyant une
parillada sur le barbecue du camping. Le lendemain soir, je dîne avec les 5 gars de ma chambres, une bande de joyeux larons que je vais recroiser souvent le long de la
Quebrada.
Je rencontre aussi deux soeurs, Nadia et Fatima, avec qui je vais faire un bout de chemin pendant quelques jours.
Le samedi matin, en attendant le début du festival, je vais visiter les
salinas grandes. Je partage un taxi avec 3 autres touristes : Marco, un mathématicien mexicain qui a vécu 6 mois à
Toulouse, et Juan et Santiago, deux sympatiques étudiants argentins. Alfonso, le chauffeur de taxi, est très bavard, même en roulant vite. La route est magnifique, zig-zagant entre les canyons pour
atteindre un col à 4170 m avant de replonger vers l'altiplano et les
salinas. Quant aux
salinas elles-mêmes, c'est vraiment extraordinaire ! Il paraît que les
salars
d'Uruni, en Bolivie, sont encore plus impressionnants, mais j'ai du mal à imaginer ça.

J'ai donc vu tout ce qui vaut la peine d'être vu en 24 heures,
mais je décide de rester 24 heures de plus à Purmamarca. Pourquoi ? Et bien parce que Purmamarca organise en ce samedi 9 janvier son traditionnel festival de
coplas. Tous les indiens du
coin descendent au village pour participer à ce festival, une bonne occasion de se réunir, boire et danser ensemble. Les
coplas sont des chants scandés que les indiens chantaient à
l'origine pur protester contre leur asservissement par la dictature militaire. Je trouve pas ça très mélodique, mais les indiens s'en donnent à coeur joie. Quelques touristes
porteños
s'incrustent et participent aux chants. Le soir venu, quand tout le monde est bien bourré, on va danser dans une
peña. Mais nous les jeunes nous restons (presque) sobres et on se fait une
soirée guitare au camping.

Le lendemain matin, je retourne voir le lever du soleil sur le
Cerro de 7 colores avec Nadia et Fatima. C'est toujours aussi beau. Le soleil est à peine levé qu'un indien et sa fille débarquent au mirador pour se faire filmer par un copain en train de
chanter et jouer des chants traditionnels. Nous avons donc droit à un récital privé, sur fond de lever de soleil sur Pucamarca. Inoubliable !
Dimanche midi, il n'y a plus grand chose à voir à Purmamarca, et il est temps de reprendre la route de la
Quebrada de Humahuaca. La prochaine étape est à Tilcara, où a lieu un autre
festival : l'
enero tilcareño (le Janvier de Tilcara). C'est un festival qui dure tout un mois, durant lequel le petit village de Tilcara vit des soirées très animées par les artistes
folkloriques qui se produident dans tous les restaurants. Nadia, Fatima et moi choisissons la tranquilité et nous installons à Maimará, un encore plus petit village situé à une petite dizaine de
kilomètres de Tilcara. Point de vue paysage, Maimará est plutôt gaté.

A Tilcara, il y a un beau site archéologique d'une citadelle habitée par un peuple qui, comme tous les autres peuples sud-américains, se font envahir par les Incas, puis par les Espagnols. On
s'occupe également en allant visiter sous le cagnard la
Garganta del Diablo (les gorges du diables), au fond desquelles il y a une cascade qui permet de se rafraichir. Ici aussi, le
paysage aride est très supportable.

Mardi nous quittons Tilcara et poursuivons notre route dans la
Quebrada de Humahuaca, jusqu'à Humahuaca, le gros bourg du coin. Nous y retrouvons Anneleen, une belge flamande que nous avons rencontré dans un resto de Tilcara. Humahuaca est mignon tout
plein avec sa belle place coloniale, ses rues pavées et ses bâtiments blancs. Il y a aussi un impressionnant monument en l'honneur de l'
indigenismo. Mais il n'y a rien à y faire, à part
faire du shopping d'artisanat indien et passer la soirée dans une
peña. C'est ici que je décide d'accéler la cadence et de me rendre le soir même à Iruya...
(de gauche à droite : Nadia, Guille, Anneleen, Fatima)