(Je profite de la civilisation pour rattrapper mon retard et publier 2 articles d'1 seul coup ! Lisez "Terre de couleur et de tradition" d'abord !)
La version 2005 du Lonely Planet mentionne à peine Iruya, un petit village de montagne où l'on peut "faire d'excellentes randonnées". Ce n'est qu'à 3h de route de Humahuaca, alors pourquoi pas. Une
bonne occasion de se défouler un peu et de quitter la horde de backpackers
porteños. Sauf que tous les backpackers en questions parlent d'aller à Iruya. Et effectivement, il y a une
dizaine de bus par jour pleins de backpackers qui se rendent à Iruya. Soit, allons-y quand même, on verra bien.

Départ mardi soir de Humahuaca avec Anneleen ; Nadia et Fatima préfèrent
passer la soirée à Humahuaca. Le bus ressemble comme deux gouttes d'eau à un bus départemental péruvien, avec les bagages sur le toit et le capot arrière ouvert pour permettre un meilleur
refroidissement du moteur. On sait pas trop si le bus va démarrer. On part à l'heure péruvienne, c'est-à-dire avec une heure de retard. Dès que l'on aborde la route, je comprends le choix du bus :
on dirait une départementale péruvienne ! C'est une route en terre, défoncée, étroite, sinueuse et vertigineuse (passage de col à plus de 4000 m). Les croisements sont assez sportifs. Le
chauffeur a au-dessus de sa tête une chaîne qui permet d'actionner le klaxon, au son de sirène de paquepot : très utile dans les épingles à cheveux ! En plus on monte dans la nuit, le brouillard et
l'orage (j'en rajoute même pas). L'ambiance dans le bus est glaciale, y a pas un bruit. On sent bien qu'on va au fin fond de l'Argentine (ou du Pérou), mais on y va nombreux. On arrive sains et
saufs à Iruya vers 22h, sous une pluie battante. On est bien motivé pour trouver une auberge au plus vite, et ça tombe bien car on est attendu à l'arrivée du bus par des gens qui nous proposent un
logement. On accepte tout de suite sans discuter le prix. On est nombreux et entassés dans l'auberge, c'est convivial, on peut profiter dans son lit des bavardages des couche-tard sans perte
sonore.
Au cours de la soirée, j'apprends que la ballade classique consiste à aller au hameau de San Isidro, perdu dans la montagne, à y passer la nuit et à revenir le lendemain. Vu qu'il ne faut que 2h30
de marche pour y aller et que je vais me tourner les pouces à San Isidro si j'y reste la nuit, je me dis que je vais me lever tôt, faire l'aller-retour vite fait et rentrer à temps pour le bus de
15h. Pas moyen d'avoir des infos sur d'autres ballades. Je pars donc seul vers 8h, avec juste un poncho, une bouteille de coca et un mars. Tout le monde, y compris Anneleen, dort encore (les
Porteños sont des couche-tard et des lève-tard).

A cette heure là, y a pas grand monde sur le chemin, à part quelques paysans locaux qui descendent au village. A peine sorti du village, je rencontre Fleck le chien (le grand) puis Fleckfleck le
chienchien (le petit) qui tous les deux décident de m'accompagner. Ils arrêtent pas de se chamailler. Plus loin, je rattrappe un paysan qui a une bonne tête à s'appeler Pablo. Je fais un bout de
chemin en discutant avec Pablo. Il me montre par où passer, ce qui est bien utile car il faut traverser le rio par deux fois, et ça passe pas n'importe où. On se sépare plus loin, lui continuant
dans la vallée et moi prenant par les plateaux. Plus loin, je croise des gens qui redescendent de San Isidro. Voyant les deux chiens se chamailler, ils me propose de ramener Fleckfleck (le petit).
Je ne me fais pas prier. Je continue donc mon chemin avec le fidèle Fleck (le grand), et j'arrive à San Isidro. C'est mignon tout plein ce petit village perché en haut d'une falaise avec sa petite
église au toit tout bleu ! Faisons vivre l'économie locale et prenons un petit-déjeuner. San Isidro s'est bien adapté au tourisme et de nombreux habitants proposent nourriture et hébergement.

Bon ben il est 11h, qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Je demande aux gens. Un
gars me dit qu'il y a un hameau, San Juan, que l'on peut atteindre en 2h30 ou 3h30 selon le chemin, et qu'après on peut rentrer directement à Iruya en 2h30. Ça m'a l'air bien, ça tient dans la
journée. Je pars donc à San Juan, sans Fleck le chien qui s'est égaré dans San Isidro. Je choisis le chemin de 2h30, plus rapide donc, mais plus difficile à trouver. Après 2 heures d'exploration de
la vallée, je rentre bredouille. Je prends donc le chemin de 3h30. Il est 13h et il y a encore 6h de marche au planning, faut pas trainer, surtout que je compte caser un déjeuner à San Juan.

Le chemin monte en face de San Isidro, et bientôt je suis assez haut pour voir les
condors d'au-dessus et de très près

. Je gâche ma chance de prendre une bonne photo. Pas grave, plus loin je dérange 3
rapaces (non-identifiés) qui me font un joli spectacle. Eux je les rate pas. Le chemin est globalement très joli et très peu visible. Je m'égare pas mal. C'est pas très bon pour le chrono. Ça
traverse des canyons, c'est beau mais un peu laborieux car à chaque fois il faut descendre dans le canyon et remonter de l'autre côté.

J'arrive à un petit col où je dépace un jeune couple de hippies (Sergio et Renata) qui se baladent en sandales avec une gamine de 14 mois sur le dos. Eux aussi vont à San Juan. Il est temps de
faire une pause Mars, et vivement le déjeuner à San Juan ! De l'autre côté du col, c'est une vallée magique : il y a toutes les couleurs de l'arc-en-ciel : du rouge, du bleu du vert, du jaune, du
violet... Un vrai régal pour les yeux. Le chemin, vertigineusement taillé à flan de falaise, s'ajoute à l'ambiance du spectacle.

Le chemin redecend dans la vallée, et je m'égare pas mal en cherchant San Juan. Je finis par rencontrer un paysan qui m'indique comment y aller, et je comprends pourquoi j'ai pas trouvé. Sergio et
Renata me rattrappe et je peux fièrement leur montrer le chemin. L'orage éclate vers 16h30, alors que nous arrivons à San Juan, un hameau de montagne avec une dizaine de maisons, la plupart très
rustiques. Ça a l'air tout mort, ce hameau, mais on finit par trouver une jeune femme qui nous propose l'hébergement. Elle vit seule avec ses 6 gamins (et elle a pas l'air vieille... même au Pérou
ils sont meilleurs pour la contraception !).

Mon plan c'était plutôt d'avaler
quelque chose et de repartir à Iruya, mais elle me dit que c'est trop loin et que je n'y arriverai pas avant la nuit : eux les indiens ils mettent 4 heures, alors nous les gringos, c'est pas la
peine d'essayer. Avec l'orage, je me laisse facilement convaincre, surtout que je préfère passer la nuit dans un hameau rustique perdu dans la montagne que dans une auberge pleine de backpackers
bruyants. Le seul truc qui me stresse un peu, c'est que j'ai laissé mon sac-à-dos dans l'auberge à Iruja, sans surveillance. Je reste donc avec Sergio, Renata et leur gamine. Le dîner arrive (adieu
le déjeuner) et c'est rustique mais copieux. Je finis mon bouquin (trop content de l'avoir emmené) tant qu'il y a un peu de lumière, et on se couche avec le soleil. La gamine est très tranquille
pendant la nuit et ne me fait pas regréter l'auberge de backpackers argentins.
Le lendemain, je pars au petit matin dans un brouillard à couper au couteau. De manière complètement inespérée, je trouve le chemin sans problème et je ne me pers pas. Le brouillard se lève et
découvre au fur et à mesure un paysage spectaculaire de roche rouge vif déchiquetée.

Je vais bon train et finalement j'atteins Iruya en 2h30 de marche,
comme quoi les Indiens n'ont aucune notion du temps (comme leurs cousins péruviens). A Iruya je rencontre par hasard Nadia et Fatima avec qui je reprends un petit-déjeuner, avant de prendre le bus
de retour. L'ambiance dans le bus est largement plus chaude qu'à l'aller : les backpackers argentins chantent accompagnés de guitares et de charangos. Mention spéciale à la chanson des Chevaliers
du Zodique version espagnole (pour les connaisseurs, il s'agit de l'air du générique japonais, et non pas du générique français de Bernard Minet, avec des paroles en Espagnol). Après deux étapes à
Humahuaca et San Salvador de Jujuy, j'arrive en soirée à Salta, capitale de l'autre province du NAO, d'où j'écris ces lignes.